Placebo, Principe Triple Actif

Rock Mag : ça va ?
Brian Molko : Ouais, bof, un peu enrhumé...Mais ça va !

- Vous êtes en vacances en ce moment ?
BM : En préparation. Aujourd'hui je fais mes bagages... Là, je suis encore chez moi, à Londres.

- J'ai appris que vous étiez dans le sud de la France début juin, qu'avez-vous fait là-bas ? C'était pour le farniente ou le travail ?
BM : On était prêt de Cannes, oui. On a répété, on a écrit un petit peu. On a lancé de nouvelles idées. Les matins et les aprés-midi, on a pris le soleil et le soir on a fait de la musique si on avait envie. Il n'y avait pas vraiment de pression.

- Mais avec déjà un nouvel album en vue ?
BM : Oui, parce que ça fait maintenant un bon moment que le dernier est sorti. ça fait plus d'un an qu'on tourne l'album en public donc c'est un peu naturel. Aprés un an, tu te sens un peu plus distant par rapport à ces chansons-là. Tu as vraiment envie d'en écrire de nouvelles.

- Et vous avez donc profité de ce passage dans le sud de la France pour mettre en place de nouveaux titres ?
BM : Oui, mais tu sais, il y a toujours des chansons qui sont dans l'air, qui sont à demi-écrites. Ca vient de partout. C'est une mixture. A l'époque de Sleeping With Ghosts, il y avait des chansons qu'on avait écrites pendant la fin de l'enregistrement et qui n'étaient pas assez terminées pour être sur l'album, alors on les a gardées. Il y à même des idées plus anciennes encore. On a fait beaucoup ça, on retourne en arrière, on va chercher les trucs qu'on a mis de coté. On écrit aussi pas mal en tournée, et puis il y a des trucs qu'on écrit losqu'on fait nos petites périodes d'écritures concentrées comme on l'a fait là dans le Midi... On écrit toujours aussi dans le studio jusqu'au dernier moment. Le processus d'écriture s'étale sur de longues périodes. On essaie des idées complètement différentes pour voir ce qui marche et ce qui nous fait bander et finalement on se retrouve naturellement avec les chansons qui sont le plus accomplies et qu'on kiffe le plus à la fin. Quoiqu'il arrive ce sont toujours les chansons qui se présentent à toi !

- Combien avez-vous abouti de morceaux pour le moment ?
BM : C'est difficile à dire...Plus de 5 et moins de 100 ! (Rires)

- Le cinquième album pourrait ainsi débarquer trés bientôt ?
BM : Un album est toujours en préparation avec nous, parce qu'on écrit constamment. Mais oui, probablement qu'en 2005 il y aura l'album n°5 qui sortira. Mais avant il y aura aussi un cd de collection de singles et un DVD de nos clips. Pour Noël.

- C'est le fameux best-of dont on parle depuis quelques temps ?
BM : Ce n'est pas vraiment un best-of, c'est plus une collection de 45 tours qui regroupera tout depuis 36 Degrees, le premier sorti chez Virgin en 1996, juqu'à un nouveau single qui va sortir cet hiver. Côté DVD, la collection de clips sortira en même temps avec toutes les vidéos des 45 tours qui seront sur l'album.

- Cette collection de singles intègrera-t-elle quelques inédits ?
BM : Oui, il y aura un ou deux inédits dessus, on est pas encore sûr et certains de ce que ça va être, ni quelles chansons vont être dessus, mais on va les enregistrer bientôt et on va voir. Mais il y aura un ou deux titres inédits, oui !

- Concernant le DVD, est-ce que celui-ci proposera également le clip de Protège-Moi réalisé par Gaspard Noé ?
BM : Ben, c'est difficile en fait ! Protège-Moi est un clip assez hardos. C'est plutôt hard, plutôt porno et ça sera peut-être difficile de le mettre sur le DVD, parce que, dans ce cas, il faudrait le classer en moins de 16 ans en France, et en moins de 18 en Angleterre... Ca deviendrait presque impossible de le vendre dans les magasins de disques.

- Le problème de la censure ne se pose donc pas seulement avec les TV ?
BM : Ah non, non, non !

- Par rapport à ce clip, comment avez-vous décidé d'en confier la réalisation à Gaspar Noé ?
BM : J'ai rencontré Gaspar via Agnès B dans une soirée à Paris. J'ai beaucoup aimé Irréversible. C'est un film qui a polarisé l'attention des gens, je sais. Dans les médias et le public aussi. Moi j'ai trouvé le film vraiment trés trés fort, c'est un film trés moral et trés important, je suis devenu un grand fan de Gaspar et j'étais donc très heureux de le rencontrer. Et puisqu'on avait bossé avec Virginie Despentes - quelqu'un de trés contreversé aussi - pour la traduction de Protège-Moi, on s'est dit : pourquoi ne pas bosser avec quelqu'un qui visuellement pousse aussi l'enveloppe de son art ? Je savais très bien que ce ne serait pas le genre de clip où le groupe jouerait des instruments ou ferait un play-back, des choses comme ça. ça serait quelque chose de complétement différent. On a commencé à parler au téléphone avec Gaspar et il m'a dit tout de suite : "Je n'ai pas envie de mettre le groupe dans le clip". C'est la première fois qu'on ne se retrouverait pas dans un de nos clips et on s'est dit : "Ok, ça fera moins de boulot pour nous, vas-y Gaspar, fonce". Il voulait faire quelque chose d'un peu porno, et voilà. On n'allait pas prendre quelqu'un avec un talent pour le mettre dans une cage. Il fallait qu'il puisse faire exactement ce qu'il voulait dans les contraites du budget qu'on avait. C'est ce qu'il a fait !

- Avant même de le tourner, vous vous doutiez donc que ce clip pourrait être censuré ?
BM : Ouais, on le savait, on savait très bien que ça ne serait pas joué à la TV, que ça ne serait pas joué sur MTV...

- N'est-ce pas un peu vain de faire un clip dont on sait à l'avance qu'il ne sera pas diffusé ?
BM : Non, car c'est ce qui rend aussi l'idée du clip plus précieuse. Il faut chercher un petit peu. Et puis, on savait pertinemment que ça allait sortir sous un format ou un autre - ce qui s'est fait avec le hors série des Inrockuptibles -, que ça allait se retrouver sur Internet, que les gens pourraient le trouver. Et c'était intéréssant pour nous de bosser dans un contexte qui n'était pas contraint par ce "commercialisme" du clip où il faut que le groupe ait bonne mine, que tous les plans soient flatteurs... Là, ça fait un petit film d'art de 4 minutes.

- Avant la vidéo de Gaspar Noé, vous avez aussi diffusé un clip non-officiel d'English Summer Rain sur votre site officiel. Celui-ci a été réalisé par Grégoire Pinard, un fan de Placebo. Comment avez-vous pris connaissance de son travail ?
BM : Il vient d'Afrique du Sud, et il nous a envoyé cette animation lorsqu'elle était presque terminée. On s'est dit que c'était différent et que le mec avait beaucoup de couilles. Ce n'est pas de l'animation sur ordinateur, c'est vraiment fait de manière old school avec ces petites poupées qu'il devait animer à la main ! C'est bien, c'est différent et ça nous a fait rigoler... Et puis encore une fois, ça faisait moins de boulot pour nous ! (Rires)

- Pour en revenir au cinéma, Asia Argento a présenté son nouveau film, The Heart Is Deceitful Above All Things à Cannes. Vous étiez prévus à un moment pour en faire la BO, non ?
BM : On était intéréssé et comme tu le sais Asia est une amie du groupe, mais ça ne s'est pas fait. J'ai d'ailleurs vu le film à Cannes. En fait, ils ont pris le parti de prendre des chansons déjà écrites et déjà enregistrées, et nous n'en faisons pas partie. On aurait aimé faire la BO, mais ça n' a pu se faire à cause de problèmes de budget, des trucs comme ça. On avait pas l'opportunité de rentrer dans un studio afin d'écrire pour elle. Maintenant, il n'en reste pas moins qu'on a toujours l'envie de faire une BO de film. Ca fait partie de nos ambitions, mais il faudra attendre encore un peu de temps avant que ça se passe...

- Vous essayez de trouver d'autres projets de films succeptibles de vous intérésser ?
BM : Il n'y a rien de vraiment concret pour le moment. On ne sait pas encore. Mais c'est une ambition de Placebo de réagir sur l'art de quelqu'un d'autre ! Pour l'inspiration. Partir du monde de quelqu'un d'autre, plutôt que de ton monde à toi. C'est une façon différente de bosser et ça nous intéresse parce qu'on ne l'a pas encore fait.

- Par rapport à une autre manière de travailler, tu es parti en Thaïlande pour assurer un set DJ tous les jeudis dans un hôtel de Bangkok. Qu'est-ce que mixer te procure comme sensations par rapport à un concert ?
BM : Moi je trouve ça encore plus "pétrifiant" que d'être sur scène. Parce que là t'es tout seul. Et puis moi je ne suis pas vraiment un DJ professionnel. C'est plus un hobby pour moi. Si les gens veulent me mettre dans un avion et me donner une belle chambre d'hôtel pour un certain temps, j'ai qu'à jouer des disques et ça me fait forcément plaisir. (Rires) Mais parce que tu es tout seul, ça fait un petit peu peur, tu ne peux pas partager la pression avec quelqu'un d'autre. Dans un concert, tu as les autres gars du groupe pour partager cette pression avec toi ! En plus, j'appréhendais un peu la chose parce que cela faisait un an que je n'avais pas fait le DJ, alors, techniquement, j'étais un peu rouillé. Il fallait que je réapprenne tout en assurant ces soirées, mais c'était fun, c'était un challenge. (Rires) Et puis ça a été l'occasion pour moi de passer un mois en Thaïlande et de bosser un petit peu en même temps.

- Il n'y a donc jamais vraiment de vacances pour toi. Jamais tu ne coupes avec la musique ?
BM : Si, des fois...Mais après un mois ou deux, tu te sens un peu frustré de ne rien faire...

- A quoi tu passes tes journées quand tu es complétement off avec la musique ?

BM : La plupart du temps je suis sur une plage ! Quelque part dans le monde. Quelque part où il fait chaud. (Rires)

- Par rapport aux dates prévues en juillet en France, il y aura des surprises, des nouveaux titres joués en live ?
BM : C'est difficile. On ne peut plus faire ça, c'est ça qui est con. Je me souviens à l'époque de notre premier album pour nous - quand Steve est entré dans le groupe et qu'on écrivait Without You I'm Nothing -, on avait des nouvelles chansons qu'on avait écrites ensemble. On les essayait en public alors qu'elles n'étaient pas terminées et on avait encore le luxe de pouvoir faire ça. Je me souviens... Enfin, je ne me souviens pas, mais dans les années 70, les Pink Floyd écrivaient un album et puis ils le jouaient sur scène pendant un an avant de l'enregistrer ! Malheureusement, on a plus le luxe de faire ce genre de trucs à cause d'Internet. Les gens t'enregistrent en concert et mettent ces chansons qui ne sont pas terminées sur le Net. Deux ans avant le moment où les gens sont censés entendre les nouvelles chansons, ils vont sur Internet, ils vont les trouver et ce qu'ils écoutent au final c'est plus une maquette jouée en public... Moi je trouve ça dommage. Si t'es là dans le public et que tu entends une nouvelle chanson, tu ne l'enregistres pas, tu ne la mets pas sur Internet... ça reste dans ta mémoire et puis voilà !

- Mais par rapport à la version studio, un bootleg reste un bootleg...
BM : Oui, mais le truc c'est que la chanson n'est pas terminée, c'est pour ça que tu l'essaies en public. Pour voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Si ça fait bander le public, si t'as un bon feeling avec la direction de la chanson, etc... je trouve ça dommage que les gens puissent écouter un titre sur Internet qui est encore seulement au stade d'une maquette jouée en public, deux ans avant que ça sorte et que c'est terminé et que ça va peut-être changer dès que tu vas rentrer en studio. Alors c'est un petit peu dommage qu'on ait plus ce luxe-là quand même ! Mais...

- En même temps, il y a toujours eu une culture du bootleg. Avant Internet et le MP3, les gens enregistraient déjà des titres inédits en live. Il y a même une certaine magie à comparer après avec la version studio...
BM : Ouais, ouais, ça s'est toujours fait... Je me souviens que j'ai entendu des bootlegs où il y avait des versions d'Allergic sur Without You I'm Nothing qu'on a joué avant même que j'écrive les paroles ! Je chantais des conneries dans le micro, pour essayer, pour trouver la mélodie, trouver les mots... C'était fun de le faire en public, mais malheureusement ce n'est plus possible... Alors à cause de ça, il faudra peut-être retourner en arrière et rejouer des anciennes qu'on n'a pas jouées depuis un petit moment !!

- Comme quoi, par exemple ?
BM : Ah, ça je ne le dirai pas ! Ca foutrait en l'air la surprise !

Auteur : Nicolas Demans


Placebo, Principe Triple Actif
Type
Interview
Date de parution
Août 2004
Source
Rock Mag n°44, août 2004
Mise en ligne
22 septembre 2004
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