Interview avec Brian Molko


REAX : Pour les dernières tournées, vous avez des musiciens additionnels sur scène. Est-ce que l'expérience minimaliste de Meds est une tentative de retrouver l'alchimie lorsque vous jouez tous les trois ?

Brian Molko : Après le 1er album, nous avons trouvé que le format standard guitare, basse, batterie était assez limité. C'est ainsi que nous avons commencé notre romance avec la technologie. Et nous avons commencé à découvrir tous ces synthés vintage, l'électronique, les stations de mixages, les standards de l'industrie, jusqu'à Sleeping with Ghosts qui a été énormément élaboré sur ordinateur. Ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise chose.

Quand est venu le temps de créer Meds, nous avons d'abord enregistré deux chansons pour la compilation de nos singles (Once more with Feeling), et puis nous avons en quelque sorte senti que nous nous dirigions vraiment vers le space-rock. Mais sous la contrainte de notre producteur, nous avons vraiment senti qu'il était important pour nous de faire un album comme s'il était le premier, comme si toutes nos vies en dépendaient. Il sentait que la technologie était comme un refuge pour nous, et il voulait nous en extirper. Il voulait nous mettre en danger, nous faire retrouver l'âme et l'essence d'un groupe.

Nous avons enregistré l'album de manière aussi spontanée que possible. Nous n'étions pas trop effrayé par ça, parce que nous avons passé beaucoup de temps à faire ce nous appelons des « spectacles de cabaret », c'est-à-dire prendre nos chansons et les jouer au piano, avec des balais et d'autres trucs. On voulait utiliser l'aspect minimaliste des choses. Mais c'est quelque chose que tu ne peux réellement faire que si tu sens que tu as la chanson qui va avec.

REAX : Il y a certains éléments sonores de Placebo qui sont indélébiles, ils sont reconnaissables quelque soit la direction que le groupe décide de prendre en terme de style. Est-ce quelque chose que le groupe essaie de garder en tant que marque de fabrique, ou bien est-ce que ce sont simplement des caractéristiques inhérentes à l'identité du groupe ?

BM : Non, nous n'y pensons pas vraiment, pour être honnête. Nous essayons juste de ne pas nous répéter.

REAX : En tant que Floridien, je me dois de poser la question. Qu'est ce qui a guidé le choix de Alison [Mosshart, des Kills] sur la chanson Meds ? Est-ce une amie ?

BM : Oui, Alison est une amie... Une amie assez récente d'ailleurs. En fait c'est Jamie [Hince], son complice, que je connais depuis plus de 17 ans. Nous étions ensemble à l'université. Je l'ai vu créer  puis quitter plusieurs groupes, avant de rencontrer Alison et commencer The Kills.

REAX : Je me souviens, quand j'avais 19 ans, d'avoir vu Discount, son groupe Punk de Daytona (NDLA : en fait ils sont de Vero Beach)

BM : Je parie qu'elle a un certain nombre de shows derrière elle.

REAX : En parlant de show, beaucoup de personnes disent que vous êtes plus matures, ou moins visuels et provocateurs avec Meds. Mais j'ai l'impression que dans les paroles, vous aimez toujours dépecer tous ces moutons pour obtenir ce qu'on pourrait appeler l'hideuse beauté de la nature humaine contemporaine ?

BM : C'est un très bon moyen de mettre ça sur la table. Je déteste le mot Mature. Ça sonne comme un fromage pour moi. En Angleterre, on a du cheddar mature, et c'est du fromage. Je pense que c'est un mot trop utilisé par les journalistes.

Je ne pense pas que j'essayais d'être provocant à mes débuts. Je pense juste que je n'étais pas un aussi bon compositeur qu'aujourd'hui. Les composition était beaucoup plus subversives. Nous étions des gamins qui pleuraient pour attirer l'attention. Pour cet album, j'ai vraiment voulu sortir de tous les trucs sophistiqués que j'ai pu utiliser par le passé, et utiliser des mots de tous les jours. En fait, cet album est assez sombre, pas particulièrement joyeux, mais pas adolescent non plus, je ne pense pas, juste parcourir le monde sans but. C'est un album très humain, à propos des abus, de l'addiction, de l'anesthésie. Ce n'est pas un album festif, mais pas un album emo non plus.

REAX : D'un point de vue musical, des chansons comme Infra-Red, ou Because I want you, sont les chansons les plus à contre-pied que vous ayez jamais fait.

BM : C'est vrai, mais nous avons toujours fait des choses comme ça, comme Teenage Angst, du premier album, qui était musicalement joyeuse, et des paroles quasiment à l'opposé. Nous avons toujours aimé jouer sur cette dichotomie, embrouiller les émotions. Peut-être que nous tournons naturellement autour de ça, parce que c'est comme ça que nous ressentons la vie... Pour moi, en tout cas.

REAX : Est-ce que tu penses que tu écris plus des histoires stéréotypés ou bien y a-t-il beaucoup de choses très autobiographiques ?

BM : Je raconte des histoires. Ce sont de petites fictions, comme de petites histoires... Mais pour n'importe quel style d'écriture, ils racontent ce que tu sais, alors j'écris à propos des situations et de la société, avec un petit s, que je rencontre ou que je vois autour de moi... A propos des problèmes, des difficultés émotionnelles. Ce sont des choses, le sujet et l'histoire, que j'ai rencontrés. Mais il n'y a pas autant de pages arrachées de mon journal intime, que d'histoires avec des personnages tu vois ? C'est ce qu'ils traversent, ce qu'ils expérimentent, et c'est un contact important pour moi. Je pense que c'est la chose la plus importante à expliquer.

REAX : Est-ce que « percer aux États-unis » a vraiment été un gros objectif de Placebo ?

BM : Autant que percer dans n'importe quel autre pays je suppose.

REAX : Ne trouvez vous pas que le fait d'être moins accessible que les grands groupes rend vos fans américain plus loyaux, comme une petite communauté secrète ?

BM : Oui je suppose, et c'est quelque chose que j'ai rencontré un temps, en Europe, et c'est plutôt quelque chose que j'aime. Si nous ne devenons pas extrêmement célèbre [aux Etats-Unis], ce n'est pas très grave, parce que nous avons un culte vraiment solide et passionné tu vois ? Ce qui est plus accessible pour nous, et ça a un air assez familial.

Traduction : Silk


Interview avec Brian Molko
Type
Interview
Date de parution
Août 2007
Source
Placeboworld
Mise en ligne
18 septembre 2008
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